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Séjour long

Dorit
Geva

Sociologie - Hongrie

Discipline(s)

  • SOCIOLOGIE

Thèmes de recherche

PROJET

POUR L’AMOUR D’UNE FEMME : LE GENRE, LA CLASSE ET LA DROITE RADICALE FRANÇAISE

Ce projet s’intéresse à la popularité croissante du parti de droite radicale Front national (FN), et de sa dirigeante Marine Le Pen, dans la France contemporaine. Comment et pourquoi une femme, et l’imagerie politique très genrée que son parti promeut, répondent aux griefs sociaux d’électeurs de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière qui se sentent délaissés par le flux de la globalisation et par le libéralisme cosmopolite de l’Union européenne ? Les études sur la participation féminine dans la démocratie élective ont fleuri, et une attention croissante est portée à la compréhension de la montée des partis d’extrême‐droite en Europe, mais ces recherches passent à côté d’un aspect essentiel pour comprendre le soutien recueilli par ces mouvements. Elles ne s’intéressent pas à la manière dont le champ politique est symboliquement genré, et à la manière dont la montée de l’extrême‐droite est elle‐même un processus genré. À la suite de six mois de travail ethnographique dans le Sud‐Est de la France, le bastion traditionnel du parti, et de deux années d’entretiens supplémentaires avec des adhérents du FN, il apparaît que leur opposition à l’égard de l’immigration musulmane et de la politique économique libérale s’exprime à travers une critique de l’élite politique française. Les contestations sur des enjeux spécifiques sont exprimées sous la forme d’une critique de classe. D’ailleurs, la critique de classe sous‐tend une « transfiguration » vers le genre. Les militants FN perçoivent les élites politiques comme les produits bourgeois des établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux, des « hommes en costume » indifférenciables d’un parti à l’autre. Ce sont des professionnels de la politique, également indifférenciables des hommes en costume de l’Union européenne qui sont perçus comme les porteurs d’un libéralisme excessif dans les politiques d’immigration et de l’« europhilie ». En revanche, Marine, comme ses supporters l’appellent avec affection, est vue comme une femme née pour la politique. Parmi les fidèles du parti, elle est considérée comme la fille politique de Jean‐Marie Le Pen, son dirigeant fondateur. Elle est perçue comme ayant été élevée au sein du parti, et elle est effectivement quelqu’un pour qui la politique a une dimension éminemment personnelle et passionnée, en opposition aux professionnels masculins et aux technocrates cosmopolites de Paris et Bruxelles. Les adhérents plus âgés parlent d’elle dans des termes maternels ou paternels. Les plus jeunes la voient comme la quintessence de la « femme moderne » : une mère célibataire doublement divorcée qui a dû trouver sa voie dans un monde actuel troublé. Les nouveaux adhérents, masculins ou féminins, expriment une forte identification personnelle avec elle en tant que femme qui comprend leurs difficultés économiques et la complexité de la vie familiale d’aujourd’hui. Elle est une source d’inspiration pour eux. La référence à la beauté de Marine est également omniprésente dans les cercles du FN, tout comme l’idée qu’elle est porteuse d’un nouveau sentiment d’espoir. Pour toutes les générations, elle incarne une riposte aux hommes en costume distants qui dirigent le pays. L’imaginaire du FN présente la classe politique dans des termes masculins et rationnels‐bureaucratiques. Une affiche de la campagne présidentielle de 2012 l’illustrait : Marine Le Pen y apparaissait comme une femme radieuse au centre, avec au‐dessus d’elle les autres candidats de tous bords, tous des hommes en costume indistincts. À leur tour, les militants FN se réfèrent à un symbolisme politique fortement féminisé pour articuler leurs critiques de la classe politique avec l’idéologie de celle‐ci. De cette manière, le symbolisme politique genré répond aux griefs de classe. Avec le soutien d’une bourse européenne d’intégration Marie Curie (provisoirement suspendue par un congé maternité), une recherche ethnographique déjà entamée sur les militants du Sud‐Est de la France est prolongée par des entretiens centrés sur les milieux petits‐bourgeois du FN. La manière dont la récente rupture publique de Marine Le Pen avec son père affecte sa position dans le parti est également étudiée. Une recherche ethnographique et des entretiens seront également menés dans les territoires désindustrialisés du Nord‐Est de la France. À la différence du Sud‐Est, des villes comme Hénin‐Beaumont sont passées de décennies d’identification avec le parti socialiste à un soutien au Front National. En portant une attention particulière aux caractères structurels et symboliques spécifiques de la vie politique française actuelle, le projet vise à interroger Les concepts plus généraux de genre, de classe et de politique partisane, ainsi que la crise contemporaine des régimes démocratiques.


Activités / CV

BIOGRAPHIE

Dorit Geva est professeure associée de sociologie à la Central European University (CEU, Budapest). Après avoir soutenu un doctorat de sociologie à la New York University, elle a été Vincent Wright Fellow in Comparative Politics au Robert Schuman Centre for Advanced Studies, European University Institute, et a passé quatre ans comme Harper Schmidt Fellow à enseigner la théorie sociale à l’Université de Chicago. Elle a rejoint la CEU à l’automne 2011. À partir de sa recherche doctorale sur les politiques genrées du service militaire en France et aux Etats‐Unis, elle a publié un livre comparatif aux Cambridge University Press in 2013 et des articles dans les revues American Journal of Sociology, Polity, Politics and Society et Social Politics. Avec le soutien d’une bourse Marie Curie d’intégration professionnelle de l’Union européenne, elle a rassemblé des données sur les dynasties familiales dans les partis politiques. Cette enquête l’a amenée à travailler sur le Front national et plus largement à s’intéresser aux politiques genrées dans les mouvements et partis d’extrême‐droit en France et en Europe.

PUBLICATIONS PRINCIPALES

BOOK

  • 2013 Conscription, Family, and the Modern State: A Comparative Study of France and the United States. Cambridge University Press.

REFEREED ARTICLES AND CHAPTERS

  • 2017 “Globalizing Gender.” In eds., Monika Krause, Claudio Benzecry, and Isaac Ariail Reed, Social Theory Now. University of Chicago Press.
  • 2015 “Selective Service, the Gender‐Ordered Family, and the Rational Informality of the American State.” American Journal of Sociology, Vol. 121, 1 (July), pp. 171‐204.
  • 2015 “Dependency as a Keyword of the American Draft System and Persistence of Male‐Only Registration.” Polity, Vol. 47, pp. 199‐224.
  • 2014 “Of Bellicists and Feminists: French Conscription, Total War, and the Gender Contradictions of the State.” Politics and Society, Vol. 42, 2, pp. 135‐165.
  • 2011 “Not Just Maternalism: Marriage and Fatherhood in American Welfare Politics.” Social Politics: International Studies in Gender, State, and Society, Vol. 18, 1, pp. 24‐51.
  • 2011 “Where the State Feared to Tread: Conscription and Local Patriarchalism in Modern France.” In The Power of Kinship: Patrimonial States in Global Perspective, edited by Julia Adams and Mounira Charrad. The Annals of the American Academy of Political and Social Science, Vol. 636, 1, pp. 111‐128.
  • 2011 “Different and Unequal?: Breadwinning, Dependency Deferments, and the Gendered Origins of the United States Selective Service System.” Armed Forces & Society, Vol. 37, pp. 598‐618.
  • 2009 "Capifamiglia o coscritti? Origini di genere della coscrizione militare negli Stati Uniti durante la prima guerra mondiale." ("Fathers or Soldiers?: The Gendered Origins of Conscription in First World War United States.") Contemporanea: rivista de storia dell'800 e del '900, 2009, January, pp. 29‐52.

Informations complémentaires

EURIAS fellow