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Séjour long

Dominique
Brancher

Littérature – Suisse

Discipline(s)

  • Littérature

Thèmes de recherche

PROJET

MONTAIGNE CHEZ ESCULAPE. ECRITURE SCEPTIQUE ET MODELE MEDICAL A LA RENAISSANCE

Outre le droit et la philosophie, la médecine est une discipline maîtresse parmi les savoirs renaissants or son rôle au sein des Essais et du Journal de voyage de Montaigne n’a guère été ausculté. Sous la forme d’un livre, ce projet entend développer une lecture remédicalisée de ces célèbres textes. Tout en s’intéressant aux interprétations des praticiens jalonnant l’histoire littéraire, on examinera dans quelle mesure leur auteur, grand malade s’il en est, s’imprègne du savoir même qu’il conteste en participant du vaste courant renaissant anti-médical. On envisagera la manière dont son œuvre dialogue avec la médecine, en interrogeant les déplacements, gauchissements et subversions qu’elle fait subir à ses éléments doctrinaux – mais aussi formels – tout en se constituant à travers eux par le biais d’une écriture du doute. Au-delà de la rencontre avec un genre médical (le recueil de cas) et une pratique culturelle (les cabinets de curiosité), on montrera l’importance, jamais signalée, que revêt l’anthropologie médicale dans la conception mobiliste du sujet proposée par les Essais. En prétendant « representer le progrez de [s]es humeurs », Montaigne pose enfin la question des rapports entre le tempérament et le style. Au carrefour entre poétique, épistémologie et anthropologie, l’enquête relève d’une archéologie du récit de malade, où l’écriture de l’auto-observation participe d’une tradition ancienne de la conscience corporelle de soi, connue, depuis la fin du XVIIIe siècle, sous le nom de « cénesthésie ». Ce faisant, l’étude rejoint les courants récents qui se sont intéressés au point de vue du patient, acteur longtemps négligé dans l’histoire de la médecine. Mais il s’agit aussi, avec les historiens de la littérature, de souligner la façon dont la maladie, vecteur de subjectivisation, contribue à façonner une version nouvelle de l’identité littéraire. Ce projet ne concerne pas seulement la littérature ancienne : il touche à des questions d’actualité, comme la place de l’individu dans le cadre d’une médecine hypernormée. L’étude contribue ainsi à reconstituer dans une longue durée la complexité des échanges entre la compréhension que le sujet a de lui-même et les modèles offerts par la médecine et à mettre au jour la porosité discursive entre connaissance littéraire et savoir « scientifique ».

Activités / CV

BIOGRAPHIE

Née d’une mère berlinoise à Genève, je dois à mon grand-père paternel italien mon nom électrique. Après des études secondaires en section classique (grec et latin), j’ai fait le choix d’études en lettres, tant les empoignades avec la langue, avec ce qu’on essaie de lui faire dire et qu’elle peut trahir, ont fait partie des investissements de mon adolescence. L’étude de la culture antique m’a donné le goût de l’époque appelée « Renaissance » qui se la réapproprie, tandis que la découverte de l’autoportrait de Montaigne, qui n’y va « que d’une fesse », a très tôt attiré mon attention sur les limites du dicible et du montrable. Des décentrements géographiques successifs (Oxford, Baltimore, Paris, Berne, finalement Bâle) ont ensuite accompagné la plongée dans ce passé entaché d’ombres, que j’ai essayé de mettre en lumière dans ma recherche tout en examinant ses traces, en recherchant ses échos, avec mes étudiants, doctorants et collègues. A Bâle, ville frontière et berceau humaniste, j’ai trouvé le lieu idéal pour dialoguer avec d’autres cultures disciplinaires tout en consolidant les liens tissés avec des chercheurs internationaux et en m’investissant à plein dans le développement et le rayonnement du séminaire d’études françaises. La pratique intense de l’interdisciplinarité me permet de renouer avec la porosité des savoirs à la Renaissance où un médecin ou juriste devait passer par la Faculté des Arts. En somme, les textes anciens nous permettent aussi de penser notre rapport actuel au monde.

PUBLICATIONS PRINCIPALES

Ouvrages (essai et édition critique)

  • Equivoques de la pudeur. Fabrique d’une passion à la Renaissance, Genève, Droz, 2015 (collection Travaux d’Humanisme et Renaissance, 904 p.)
  • Quand l’esprit vient aux plantes: botanique sensible et subversion des règnes, Genève, Droz, 2015 (collection Au seuil de la Modernité, 360 p.)

Direction d’ouvrages ou de collectifs

  • D. Brancher (éd.), « Frontières du vivant. Troubles épistémologiques et linguistiques dans l’Europe de la première Modernité », Revue de synthèse (en préparation)
  • D. Brancher, A. Carlino, H. den Boer (éds.), La Médecine dissidente: hétérodoxie et modernité dans l’Europe des 16e et 17e siècles (en préparation)

Articles dans des revues à comité de lecture

  • « Hontes effrontées : réflexivité d’une passion au livre III des Essais de Montaigne », Méthode !, à paraître à l’automne 2016.
  • « À la recherche du cas perdu. La problématique de l’origine dans les récits de la vérole », Histoire, Médecine et Santé, Special Issue Récits de maladies: la syphilis, 2016 (in press).
  • « ‘When the tongue slips it tells the truth’: Tricks and Truths of the Renaissance lapsus », Renaissance Studies (éds. H. Roberts, E. Butterworth), vol. 30, n° 2, 2016, p. 39-56.
  • « Éros médical. Le périple anatomique de René Bretonnayau (1583) », Renaissance and Reformation (Special Issue, ed. C. Winn), 2015, p. 83–102.
  • « La puce à l’oreille. Désir métaphysique et religion drolatique », Année Balzacienne, 2013, p.75-96.
  • « Un ‘gramme de pensée’. Figures de la cognition chez Montaigne et Rabelais », Poétique 173, 2013, p. 3-26.
  • « ‘Pierre qui roule amasse mousse’. Les pérégrinations médicales de Montaigne dans la BSAM », Bulletin de la Société Internationale des Amis de Montaigne 2:56, 2012, p. 159-176.

Collaborations à des ouvrages collectifs (chapitres, sections)

  • « The finger in the eye: Jacques Duval’s Hermaphrodites treatise », Kinesic Intelligence: Rethinking Movement in Renaissance Literature, éds. T. Chesters et K. Banks Baltimore, Johns Hopkins Press (à paraître).
  • « Le Tiers Livre : éloge des dettes et créances de l’amour », in Vom Liebespfand zur Singlebörse : Über die ökonomische Rhetorik der Liebe, éds. I. Baumann et S. Waelti, Lit Verlag, coll. « Folies », Münster (à paraître en automne-hiver 2016).
  • « Y a-t-il une herméneutique féminine ? Louise Bourgeois et les péripéties de la matrice », Hermes Medicus. Discours & action dans l’herméneutique médicale (XVe-XVIIe siècles), éd. A. Carlino,New York, Rodopi (à paraître).
  • « Pox pain and redeeming narratives in Renaissance Europe », Narrative Matters in Medical Contexts across, éds. F. Gygax, M. Locher, Disciplines, Amsterdam, John Benjamins, 2015, p.47-69.
  • « Dans l’œil du ciron : représenter avec ou sans microscope », Mise en forme des savoirs à la Renaissance. À la croisée des idées, des techniques et des publics, éds. I. Pantin, G. Péoux, Paris, Armand Colin, 2013, p. 143-163.
  • « De la suspension du chyle : Sorbière en médecin sceptique », Les interférences des écoles de pensée antiques dans la littérature de la Renaissance, éd. E. Tilson, Paris, Garnier, 2013, p. 69-89.

Collaboration à des ouvrages collectifs (actes)

  • « Fragments anatomiques à ingérer ou à collectionner : la seconde vie des momies », in Anatomie(s) d’une anatomie. Nouvelles recherches sur les Blasons anatomiques du corps féminin, éds. J. Goeury et T. Hunkeler (à paraître).
  • « Zoophytes et anthropophytes, ou de l’usage des hybrides (xvie - xviie siècles) », Les Plantes“manipulées“: morales du végétal?, éd. P. Lieutaghi et Musée départemental ethnologique, Mane, Alpes de Lumière (à paraître).

Autres publications

  • Catalogue en ligne de l’exposition « Die Sünde der Wissenschaft » organisée par D. Brancher et Maike Christadler (Universität Basel, Universitätsbibliothek, 28/2/2014-31/5/2014)

L’exposition, pérennisée par ce site, avait pour objectif de valoriser le fonds d’ouvrages anatomiques possédé par la bibliothèque à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance d’André Vésale, qui en 1543 publiait sa célébrissime De humani corporis fabrica chez Oporinus, à Bâle. Elle permettait de mieux comprendre les conditions d’émergence d’un discours anatomique à la période vésalienne, en le mettant en regard avec d’autres œuvres issues d’un contexte religieux ou artistique.